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2 – Groupe de discussions dirigées ou Focus group
2.1 - Qu’est ce qu’un groupe de discussions dirigées ou « focus group » ?
Le focus group est :
- Une méthode de recherche qualitative ;
- Une méthode d’animation du milieu ;
- Un processus de communication multidimensionnelle.
Il s’agit d’une discussion organisée (mais structurée de manière flexible) qui regroupe de 6 à 12 participants. Elle dure normalement 1 à 2 heures de temps et permet en effet d’assurer la participation de tout le monde et d’offrir un temps de parole à chaque participant. Cela permet de contrôler les relations de domination/soumission qui se développent au sein du groupe, ainsi que les conversations en aparté entre les participants. Des groupes plus petits et plus circonscrits en termes de caractéristiques tendent également à être plus cohérents et plus interactifs.
Un certain nombre d’aspects distinguent les focus groups des discussions de groupes informels. Primo, des critères prédéterminés spécifiques sont utilisés pour recruter les participants des focus groups. Secundo, les thèmes discutés sont décidés à l’avance et le modérateur utilise une liste prédéterminée de questions ouvertes qui sont présentées en séquences naturelles et logiques. Le modérateur peut même apprendre par cœur les questions.
Enfin, les focus groups reposent sur une discussion des thèmes présentés entre les participants, et les membres du groupe peuvent s’influencer mutuellement en participant aux idées et aux commentaires qui sont faits pendant la discussion, sans que le modérateur ne cherche à obtenir un consensus de groupe.
Les focus groups ne sont pas toujours faciles à réaliser. Ils demandent une planification et une formation appropriée des modérateurs du groupe.
2.2 - But des focus groups
Les focus groups ont été utilisés pour :
- Avoir une compréhension complète du sujet que l’on étudie ;
- Fournir un portrait exact de la réalité telle qu’elle est vécue ;
- Evaluer et analyser les besoins ;
- Formuler les interventions ;
- Tester de nouvelles idées ou de nouveaux programmes ;
- Améliorer des programmes existants et obtenir toute une gamme d’idées sur un sujet donné comme information de base pour développer des questionnaires plus structurés ;
- Orienter des politiques.
Ces discussions permettent de recueillir aussi bien les points de convergences que les points de divergence des participants, de fouiller le pourquoi et le comment des phénomènes.
2.3 - Composition de groupes et analyse de données par groupe
Les focus groups doivent être composés de membres homogènes de la population cible. Il est conseillé de former des groupes de participants qui partagent des caractéristiques identiques : classe sociale, âge, niveau de connaissance, caractéristiques culturelles/ethniques et sexe (ou autres variables que vous pouvez identifier). En effet, cette homogénéité crée un contexte dans lequel des participants sont à l’aise et se sentent donc plus libre d’exprimer leurs opinions.
Les données doivent être analysées par groupe et les résultats des différents « types » de groupes peuvent être comparés.
Il est à noter que ce qui est décrit ci-dessus est relatif aux conditions idéales de déroulement d’un focus group. L’expérience notamment dans les pays d’Afrique de l’Ouest dans lesquels les compilateurs du présent document ont conduits des recherches en utilisant les focus group est diverse. Dans la majorité des cas, vous ne rencontrerez pas la dynamique ci-dessus décrite pour plusieurs raisons. Malgré les précautions méthodologiques de constitution de groupe homogène, différentes raisons culturelles vont influencer des éléments tels que la prise de parole, l’émission d’idées personnelles, la contradiction au cours des échanges d’idées dans une telle discussion publique, etc.
2.4 - L’intérêt des focus group
L'intérêt des focus groups, comparativement aux entretiens individuels est que les commentaires d'un participant peuvent susciter des commentaires chez d'autres participants. Des idées peuvent ainsi être développées et approfondies beaucoup plus qu'au cours d'entretiens individuels. Les discussions s'avèrent généralement très fructueuses. Les chercheurs et les enquêteurs bénéficient généralement des idées générées lors de ces discussions. Ils peuvent produire en peu de temps une grande quantité d’informations, souvent plus rapidement et à un coût moindre que les entretiens individuels.
Les focus groups sont utiles pour obtenir des informations préliminaires sur les croyances, idées, opinions, attitudes et comportements au sein d’une communauté. Ils constituent un instrument privilégié pour identifier des questions pertinentes et appropriées destinées aux entretiens individuels (semi-structurés et structurés).
2.5 - Les limites du focus group
Parmi les limites du focus group, notons que :
- Le chercheur a moins de contrôle sur le déroulement de la discussion que dans un entretien individuel ;
- Les focus groups ne peuvent pas vous montrer la fréquence ou la distribution des croyances et des comportements au sein d’une population ;
- Les résultats des focus groups sont plus difficiles à analyser que les entretiens individuels ; les commentaires des participants doivent être interprétés dans le contexte social particulier créé par le groupe ;
- Le nombre de questions traitées dans un focus group est plus restreint que lors d’entretiens individuels, car le temps nécessaire pour répondre à une question donnée est allongé par les discussions entre les participants ;
- Il faut des compétences poussées pour faciliter et réaliser des focus groups. Il est important de savoir diriger la discussion de façon à ce qu’elle ne soit pas dominée par une ou deux personnes et permettre à tous les participants d’exprimer leurs points de vue.
De plus, une fois les discussions terminées, le traitement des informations peut être long et coûteux. Il faut généralement réécouter les enregistrements audio réalisés lors des séances de discussion, parfois retranscrire les commentaires sur papier, les coder et les analyser, etc. Toutes ces étapes sont longues et nécessitent des compétences particulières.
2.6 - Maîtrise d’un focus group par l’animateur
Un animateur doué gardera la maîtrise du groupe, celui qui est moins expérimenté pourra avoir peur de perdre le contrôle et cette anxiété se manifestera de bien des façons :
- Poser des questions dirigées, celles qui expliquent que l’animateur connaît la réponse ;
- Poser des questions de manière mécanique ;
- Poser deux ou plus de questions avant de donner aux participants la chance de répondre à la première ;
- Interrompre quand ce n’est pas nécessaire, couper la parole à un participant dans l’attente de sa réponse ;
- Faire des hypothèses – l’animateur fait une déduction qui n’a pas encore été donné par le participant ;
- Donner des conseils aux participants à propos de ce qu’ils doivent faire ;
- Changer trop vite de sujet et ne pas donner le temps au participant de finir sa réflexion sur un sujet avant de passer à un autre.
Une autre difficulté des focus groups est la dérive consensuelle. En effet, selon la composition des groupes les individus peuvent avoir tendance à adopter le point de vue d'un « leader ». Tout l'intérêt des focus groups est alors perdu. Seuls les animateurs expérimentés peuvent éviter cet écueil.
Les techniques spécifiques pour réaliser une bonne discussion de groupe sont présentées en Annexe C.
2.7 - Autres techniques d’entretien de groupe différentes du focus group
Tous les entretiens de groupe ne sont pas des focus groups. Le focus group on l’a vu, concerne un type spécial d’entretiens dans le cadre duquel le chercheur exerce un contrôle sur le but, la taille, la composition et les procédures de groupe. Il existe d’autres groupes moins formels et aussi utiles. Par exemple, mener des entretiens avec des groupes naturels préexistants, tels que les membres d’une famille vivant ensemble dans une concession ou des groupes d’élèves ou d’enseignants. Des discussions peuvent être organisées avec des personnes réunies dans un café, avec des femmes attendant dans un centre de santé. Dans de tels entretiens, le chercheur a moins de contrôle sur la taille, la composition et les procédures du groupe, mais le contexte de la discussion tend à être plus naturel.
Les entretiens avec des groupes naturels font souvent appel à des techniques d’entretien non structurées ou semi-structurées.
D'autres techniques ressemblent à celles que l'on emploie dans les groupes de discussion standard, mais elles varient selon le nombre de participants et/ou la durée de la discussion.
2.8 - Dyades et triades
Depuis quelques années, on a davantage recours aux dyades (groupes de deux participants) et aux triades (groupes de trois participants). De plus petits groupes aident à surmonter un des problèmes possibles des groupes de discussion traditionnels, c'est-à-dire l'abus d'influence du groupe sur les réponses individuelles. Bon nombre de spécialistes en recherche qualitative soulignent la valeur de ces techniques (et des entrevues individuelles) lorsqu'il s'agit de mettre à l'essai des concepts créatifs. Les dyades et les triades remplacent parfois les groupes de discussion traditionnels, permettant ainsi une utilisation optimale du budget affecté à la recherche lorsque plusieurs segments de la population cible ont besoin d'être entendus, ou remplacent les entrevues face-à-face et limitent le calendrier de la recherche. Ces groupes plus petits sont utiles avec les enfants et les adolescents, parce qu'ils restreignent les fourchettes d'âges et minimisent les comportements perturbateurs.
Ces méthodes facilitent la cueillette de renseignements utiles sur des questions, des produits et des services, lorsqu'elles sont appliquées par un modérateur qualifié. Ces entrevues en plus petit groupe varient de séances de 30 minutes à des activités de toute une journée. Elles s'adaptent aux besoins spécifiques des projets de recherche.
Il existe également un certain nombre de techniques participatives de collecte de données, dans le cadre desquelles on demande aux membres d’un groupe de collaborer ensemble pour achever une tâche. Les méthodes participatives sont particulièrement utiles pour les projets axés sur l’action ; les chercheurs travaillent en groupe avec les membres de la communauté pour identifier des priorités et pour définir des stratégies d’intervention appropriées.
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