Sommaire


1 – LES ENTRETIENS

Lors d’une recherche qualitative l’utilisation d’un manuel est nécessaire parce qu’il permet aux spécialistes de centrer leur attention sur les questions clés, objets de leur investigation par rapport à un problème donné. Le manuel doit faire l’objet d’un test qui permet son utilisation future sur le terrain par les chercheurs pour recueillir et analyser les données. La phase de pré test permet aussi aux auteurs de déterminer la taille optimale de l’échantillon arrêté pour chacune des procédures figurant dans le manuel.

1.1 - Entretiens approfondis

Habituellement, cette technique est employée au cours d’entrevues avec des participants qui ont un vécu ou une expérience personnelle qui contribuent à améliorer la connaissance sur des aspects de la recherche entreprise. Un intervieweur formé se sert d'une liste établie de questions ouvertes pour la plupart, qui seront posées à l’enquêté. L'entrevue en profondeur donne à l’enquêté beaucoup de latitude pour exprimer ses points de vue. Les entrevues durent habituellement de 15 à 40 minutes, et parfois plus longtemps, selon l'intérêt du participant pour le sujet. Cette technique permet au chercheur d'obtenir des descriptions détaillées des expériences individuelles.

Pour certaines études, il semble plus approprié d'avoir recours aux entretiens individuels plutôt qu'aux entretiens en groupe. Il s'agit par exemple des situations suivantes :

  • Le sujet est trop personnel ou trop délicat pour être discuté en groupe ;
  • L'opinion d'une personne peut facilement être influencée par celle des autres membres du groupe ;
  • Il importe aussi de savoir ce que les gens ne connaissent pas d'un sujet et de savoir ce qu'ils en connaissent. En groupe, les participants bien informés peuvent bloquer ceux qui le sont moins, ce qui rend difficile l'exploration des zones d'ignorance ou de perception erronée ;
  • Les problèmes logistiques rendent l’organisation des groupes à peu près impossibles : les participants sont dispersés géographiquement et le temps et les frais de déplacement sont prohibitifs ;
  • La confidentialité des propos du participant est essentielle ;
  • Les participants à l'entrevue proviennent de structures concurrentes qui hésiteraient à exprimer leurs idées en groupe ;
  • Il est important d'interroger le participant dans un milieu particulier.
1.2 - Entretiens non structurés

L’entretien non structuré est la méthode de collecte de données la plus utilisée en anthropologie culturelle. Dans cette approche, le chercheur a une certaine idée des thèmes qui doivent être couverts et peut utiliser une liste des thèmes comme aide mémoire, mais il exerce un contrôle minimal sur l’ordre dans lequel sont traités les thèmes et sur les réponses des participants. Dans les entretiens non structurés, aucune question spécifique n’est posée et l’éventail ou les types de réponses possibles ne sont pas définis à l’avance.

L’entretien non structuré est une discussion informelle dont le but est d’encourager les participants à parler ouvertement et à s’exprimer dans leurs propres termes. L’essentiel pour réussir un entretien non structuré est d’apprendre à poser efficacement des questions de relance – de façon à stimuler le participant à donner plus d’informations tout en évitant d’influencer ses réponses en introduisant les mots, les idées ou les concepts du chercheur.

1.2.1  Avantages des entretiens non structurés
L’avantage principal de l’entretien informel en forme de conversation est qu’il permet à l’investigateur de réagir aux différences individuelles et aux caractéristiques de la situation. Les entretiens non structurés sont surtout utiles dans des situations ou le chercheur à la possibilité de s’entretenir avec les participants à de nombreuses occasions. Ce style d’entretien est un complément aux observations et permet de découvrir des questions pertinentes ainsi qu’à énoncer de façon appropriée des questions destinées à des entretiens semi-structurés et des questionnaires.

1.2.2  Limites des entretiens non structurés
Vu qu’il n’existe pas de formule fixe pour réaliser les entretiens de style de conversation, chaque entretien tend à être unique. Aussi, est-il difficile de systématiser et d’analyser les données. Il faudrait peut-être plusieurs conversations avant d’obtenir un ensemble analogue d’informations de la part de chaque participant.

1.3 - Entretiens semi structurés

L’objectif des entretiens semi structurés est d’obtenir les points de vue, les réflexions et les observations de personnes qui ont :

Ce type d’interview suppose l’utilisation d’un guide d’entretien. Il s’agit d’une liste écrite de questions ou de thèmes qui devront être couvert pendant l’entretien. L’ordre et la formulation des questions peuvent cependant varier d’un participant à l’autre. Si l’enquêteur peut suivre des indices et les nouveaux thèmes qui se présentent tout au long de l’entretien, le guide comprend aussi un ensemble d’instructions claires concernant les principales questions à poser ou thèmes à sonder.

Les types d’entretiens semi-structurés utilisant des guides d’entretiens sont les suivants :

1.3.1  Entretiens approfondis/ciblés
Les entretiens approfondis, contrairement à des entretiens de nature plus exploratoire étudient avec plus d’intensité un thème donné. Le but de l’entretien approfondi ou ciblé est d’arriver à une connaissance aussi complète et détaillée que possible du thème en question. Les entretiens approfondis comprennent les guides d’entretiens semi-structurés et supposent une exploration au préalable suffisante du thème étudié afin de dégager les questions pertinentes qui s’y rapportent.

1.3.2  Etudes de cas
Le but des études de cas est de collecter des informations complètes, systématiques et approfondies sur des cas présentant un intérêt particulier. Un cas peut être une personne, un événement, une école, un programme, une organisation, une période de temps ou une communauté. L’étude de cas cherche à décrire l’unité de manière approfondie et dans le détail, dans le contexte et de manière globale. Les études de cas sont particulièrement utiles quand le chercheur doit comprendre des individus particuliers, des problèmes ou des situations de manière très approfondie ou lorsqu’il s’agit de cas riches en information qui permettront d’éclairer judicieusement le phénomène étudié.

1.3.3  Histoire de vie
Les histoires de vie (biographies) sont généralement collectées sur un grand nombre d’entretiens longs (non structurés et semi structurés). Les histoires de vie sont souvent recueillies et présentées de façons à rapprocher les abstractions de la description ethnographique à la vie des personnes. Les histoires de vie sont sujettes aux problèmes de représentativité, car les gens prêts à raconter leurs vies aux chercheurs ne sont pas toujours typiques de leur communauté. Les histoires de vie peuvent être néanmoins utiles pour examiner les valeurs générales, les aspects présentant des intérêts culturels et les perceptions des relations sociales. Il est conseillé d’utiliser les histoires de vie comme matériel d’explication et d’exemple conjointement avec d’autres types de données qui ont été collectées de manière plus représentative.

1.3.4  Avantages des entretiens semi-structurés
L’utilisation d’un guide d’entretien signifie que le chercheur a choisi d’utiliser au mieux le temps qui lui est alloué pour mener l’entretien. Ceci est particulièrement approprié lorsque les participants sont des personnes qui utilisent leurs temps de manière efficace et qui ne sont peut être pas prêtes à passer du temps à entretenir une conversation de tous les jours avec les chercheurs. Le guide d’entretien montre que vous savez ce que vous voulez obtenir de l’entretien, mais que vous êtes assez souple pour suivre des nouveaux indices qui se présentent. De plus, étant donné que les mêmes questions sont posées à chaque participant, les données de ces entretiens sont plus faciles à systématiser.

1.3.5  Limites des entretiens semi-structurés
L’élaboration d’un guide d’entretien exige suffisamment de temps pour une exploration au préalable du thème, afin de savoir quelles sont les questions ou les thèmes qui doivent être couverts.

1.3.6  Entretiens structurés ou systématiques
Les entretiens structurés exposent tous les participants d’un échantillon aux mêmes questions (c’est à dire que l’on pose exactement la même question à chaque participant).

1.4 - Techniques d’enquête

Pour éviter de commettre de fautes au cours d’une enquête, l’enquêteur doit :

  • Bien préciser le mandat et le but de recherche ;
  • Bien expliquer sa situation, son mandat ;
  • Bien expliquer pourquoi la recherche est dans l’intérêt du répondant ;
  • Bien expliquer qui, mis à part l’enquêteur, verra les données ;
  • Bien spécifier que les données seront présentées aux autorités à titre anonyme ;
  • Restez maître de l’interview ;
  • Bien tenir ses promesses.

Ne soyez pas trop gentil pendant l’interview, une bonne interview a plus le caractère d’une discussion que d’un jeu de questions et de réponses. C’est seulement dans une certaine dialectique que l’on peut trouver des informations à des intéressantes hypothèses.

Faites attention à ne pas aller trop loin dans cette dialectique. Une interview qui se termine en une bagarre ne sert à rien. Après un débat très vif, il faut calmer le débat par des questions qui sont moins émotionnelles. La dose d’émotion qui peut être introduite dans l’interview dépend beaucoup du caractère du répondant.

Si vous avez l’impression que le répondant cache des informations, vous pouvez, à l’aide de deux ou trois petites astuces essayer de le faire parler davantage. Le principe est le même, il faut consciemment jouer avec le symbolisme caché et inconscient qui accompagne toujours les relations humaines :

A - Le silence :
Dans le symbolisme inconscient, le silence est très pénible dans un discours. Généralement celui qui a parlé le dernier est responsable du silence.

La technique consiste à vous taire lorsque le répondant a fini de répondre à votre question. Laissez peser le silence. Si vous êtes observateur vous verrez qu’au bout de deux ou trois secondes, le répondant devient inquiet. Après un silence de dix secondes au plus, il continuera sa réponse.

Ex :


Q :  Est-ce que vous rendez beaucoup visite à vos parents ?
R :  Oui
Q :  (………),
R :  c'est-à-dire pendant les vacances scolaires
Q : (……………),
R :  et une fois même pendant l’année scolaire.

B - Le miroir :
Dans le symbolisme inconscient, la répétition exacte de ce que l’on vient de dire est une source d’irritation. Généralement un des participants de la conversation pourra répéter exactement la même chose, mais un autre se montrera extrêmement gêné de répondre une seconde fois.

La technique consiste à poser une question. Le répondant répond. Vous reprenez affirmativement sa réponse.

Ex :


Q :  Où êtes vous né ?
R :  A Ségou….
Q :  Ah ! Vous êtes né à Ségou, …
R :  Oui, il y a 35 ans !

C - Le vibreur :
Dans le symbolisme inconscient tout le monde donne en parlant des signes qui indiquent qu’il veut terminer (chute d’intonation, petit mot de fin de phrase), l’autre donne généralement des signes d’intérêt en disant « humm » ou en claquant la langue.

La technique consiste à dire « humm »  ou à claquer la langue quand le répondant donne les signes de vouloir terminer sa pensée.

Ex :


Q :  Le Komo mis à part, y a-t-il d’autres groupes d’associations dans votre village ?
R :  Oui, il y a beaucoup, il y a le N’domo,
Q :  Hummm...
R :  On connaît le Terriya,
Q :  Humm
R :  Le Nama

Il va sans dire que l’enquêteur devra toujours être poli, respecter la religion, les mœurs et les coutumes de ses répondants.

Si l’on vous pose une question à laquelle vous ne pouvez pas répondre, il faut le dire franchement. Dans tous les cas, il faut prendre vos répondants au sérieux car pour eux, répondre à vos questions est un travail sérieux, soyez en toujours conscients
 
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